La révolution digitale

La révolution digitale, ça commence à bien faire…

Thibault Lieurade : Bonjour Michel Mondet.

Michel Mondet : Bonjour Thibault.

Thibault Lieurade : Vous êtes président d’Akeance Consulting et on commence à vous connaître. Vous vous êtes fait une spécialité de venir « démolir » sur ce plateau des buzzwords à la mode aussi bien chez les consultants que vous connaissez bien, que chez les chercheurs en gestion. Alors, aujourd’hui on va parler de révolution digitale, alors pourquoi, c’est un terme qui vous agace ? Parce que je sais très bien qu’il vous agace. Tout simplement parce que cette révolution digitale, on pourrait dire qu’elle est parachevée depuis 5 ou 10 ans ?

Michel Mondet : Non, si vous voulez le digital, ça fait plusieurs dizaines d’années que ça dure. A partir du moment où vous mettez un électron dans une activité, c’est quand même du digital.

Thibault Lieurade : Mais, il y a bien quelque chose qui a changé ?

Michel Mondet : Oui, bien sûr, il y a beaucoup de choses qui ont changées. Mais, la vraie révolution, c’est l’arrivée d’internet, c’est quand, on a réussi à déplacer dans l’espace et dans le temps des actions à mener ou de l’information à donner ou à lire. Donc l’arrivée d’internet, oui c’est une révolution. Le passage d’internet sur un « device » ou un certain nombre d’applis qu’on peut trouver sur ses smartphones ou sur ses tablettes, c’est plus une évolution technologique qu’une révolution pour moi. Prenez par exemple l’électricité, de passer de l’éclairage à la bougie à l’éclairage avec une ampoule à filament, c’est une vraie révolution. Passer de l’ampoule à filament au LED, c’est quand même juste une évolution technologique.

Thibault Lieurade : Difficile pourtant aujourd’hui, de passer à côté de discours enthousiastes de la part des consultants ou de chercheurs en science de gestion, comme je le disais, sur cette révolution digitale. Alors selon vous à qui profite ce discours ?

Michel Mondet : Si vous voulez, selon moi, c’est un sujet sociologique. Les nouvelles générations, pas parce qu’elles sont nouvelles, mais toutes les générations qui arrivent à une maturité – les 20-35 ans – ont besoin de vivre quelque chose d’un peu épique dans leur début de vie d’adulte. Alors, les générations d’avant, elles ont vécu des choses un peu épiques : la chute du mur, la transformation des pays de l’Est, etc. Donc tout le monde, dans les générations passées, a vécu quelque chose d’un peu épique. Cette génération-là, elle a, malheureusement ou heureusement, peu de chose d’épique à avoir vécu. Alors, elle a besoin de vivre une sorte de thriller, quelque chose d’un peu trépidant et c’est cette prétendue révolution digitale. Alors, la difficulté, c’est que comme ce n’est pas vraiment une révolution en soi, il faut bien la trouver quelque part et on la trouve dans les contenants plus que dans les contenus. Ce sont les « devices » eux-mêmes qui sont de véritables « doudous ». Alors effectivement, on a une révolution sociologique à défaut d’avoir une révolution technologique. Et on tombe sur ce que les anglais appellent – et moi j’aime beaucoup ces images anglaises : la « snowflake generation » : la « génération flocons de neige » avec leur doudou qu’ils caressent toutes les 15 secondes.

Thibault Lieurade : Alors qu’est-ce qui pourrait, selon vous, mettre fin à ce qu’on va appeler cette mode de la transformation digitale, on pourrait imaginer simplement que cette transformation digitale en tant que simple évolution – pas révolution – sera parachevée un jour ?

Michel Mondet : Oui et non Thibault. La mode, oui elle passera. Il y aura bien des choses qui pousseront les événements du moment. Ceci étant dit, on n’arrêtera pas l’évolution technologique et tant mieux. Il y aura un après digital, il y aura une évolution technique, technologique, etc. Les sujets d’intelligence artificielle, etc… bien sûr ! Non, le sujet, c’est plutôt, de faire attention à réhabiliter ce qui doit être maintenu dans le minimum de la relation humaine. J’y mets « tout à trac », à la fois la politesse, qui est quand même un code de comportement dans une culture homogène ; j’y mets la qualité de service parce que la qualité de service, ce n’est pas uniquement de mesurer le temps de réponse par internet, c’est aussi avoir une relation humaine avec un « bonjour », un « bonsoir » et un « merci ». Donc j’y mets plutôt ça. Je pense que le point ce n’est pas de se préoccuper de ce que deviendra le digital, c’est de ne pas oublier et de renforcer peut-être la capacité à échanger entre individus sur une base de beauté du monde. La politesse et l’échange.

Thibault Lieurade : Et bien ça sera peut-être l’objet de la prochaine révolution après la révolution digitale, la révolution « servicielle » pourquoi pas ?

Michel Mondet: Et bien avec plaisir.
Thibault Lieurade : Merci beaucoup Michel Mondet.

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