Le chef d’entreprise face à la prise de décision

Aujourd’hui, Xerfi a reçu Michel Mondet, Président d’Akeance Consulting, pour parler de la prise de décision.

Thibault Lieurade : Bonjour Michel Mondet,

Michel Mondet : Bonjour Thibault,

Thibault Lieurade : Je rappelle que vous êtes président d’Akeance Consulting, et bien entendu à votre poste on est appelé à prendre des décisions, on va en parler justement.
On dit souvent que le décideur quand il décide il est seul, est-ce que vous ressentez cette solitude ?

Michel Mondet : Ah complétement, on est toujours seul dans la décision, et encore plus seul quand on est dirigeant probablement. La difficulté c’est pas tant cette solitude, quelque part on s’y habitue, que le fait que la décision…en fait on ne la prend pas véritablement, un bon dirigeant pour moi c’est quelqu’un qui sait faire en sorte que la décision se prend toute seule au sens pronominal.
En gros vous avez autour de la table de manière très collégiale, des avis, des expériences, qui s’expriment sur tel ou tel sujet et cetera… et au fond l’ensemble de ces expériences et de ces avis forment une sorte d’hologramme, et cet hologramme c’est précisément la décision, il y a une sorte de poids moyen, si vous voulez ; au milieu de la collégialité qui fait que la décision se prend.

Thibault Lieurade : Mais alors quand est-ce qu’on sait que cet hologramme est vraiment complet ? que les choses se cristallisent, et finalement est-ce qu’il n’y a pas un risque à laisser trainer cette décision en attendant que l’hologramme se constitue ?

Michel Mondet : Oui il y a le risque, encore une fois, si on laisse l’hologramme se construire, le bon décideur c’est celui qui sait bien saisir le temps et arrêter le temps au moment où l’hologramme est à peu près terminé, au moment où l’alignement des planètes se fait si vous voulez, donc un bon décideur c’est quelqu’un surtout qui gère bien le temps de l’expression des avis, des expériences des uns des autres, pour un moment donné dire, voilà la décision s’est prise, c’est celle-ci que je prends, parce que ça finit par se dire comme ça, mais pour autant elle s’est prise toute seule, c’est la gestion du temps le vrai sujet.
On peut avoir le risque de laisser traîner, évidemment ; et puis il y a des moments, des situations, on n’a pas forcément besoin d’attendre, il faut décider vite, mais c’est je crois, là, le talent du décideur, c’est de faire en sorte que cette gestion du temps, court ou pas court ; sur un même process qui est l’expression des expériences et des avis des uns des autres, c’est ce qui fait le talent du décideur.

Thibault Lieurade : Alors quelles sont les situations justement où le décideur doit se passer de cette collégialité, ou aller plus vite ?

Michel Mondet : Il y a des exemples soit par thème, soit par situation. Le cas des sanctions, par exemple. Sanctionner un collaborateur parce qu’il a pioché dans la caisse, si vous voulez ; on n’a pas besoin de décider autrement que tout seul dans son bureau. Bon vous avez d’autres sujets, le choix de ses collaborateurs. Un dirigeant qui choisit son directeur des opérations ou son directeur financier, ça lui appartient, à un moment donné le choix de management ou de mode de management si vous voulez, appartient au dirigeant quand même, donc ces décisions-là sont vraiment intuitu personae et solitaires.

Thibault Lieurade : Alors qu’est-ce qui distingue ce type de décisions de ce qu’on pourrait appeler, et dont on aura déjà parlé sur ce plateau ; du caprice du patron ?

Michel Mondet : Oui, et bien il y a des exemples, vous voyez c’est une décision de choisir son directeur des opérations, c’est un caprice de dire je veux doubler mon chiffre d’affaires en 5 ans, ce n’est pas une stratégie, c’est un caprice pour moi, voilà.
Le fond du sujet sur les décisions et sur le caprice du décideur, si vous voulez, c’est quand même plutôt de faire en sorte que le décideur soit exemplaire, on en a parlé aussi ça sur une autre vidéo, mais l’exemplarité, encore une fois, ce n’est pas d’être parfait, l’exemplarité c’est de dire ce qu’on fait et de faire ce qu’on dit, d’avoir ses doutes, d’exprimer ses doutes, de reconnaitre des erreurs, de reconnaitre qu’on a une volonté éventuellement capricieuse, l’avouer, faute avouée, est à moitié pardonnée, on peut aussi dire des choses comme ça, mais la réalité c’est ça, c’est de faire en sorte qu’on gère le temps avec l’exemplarité du dirigeant, c’est ça un bon décideur.

Thibault Lieurade : Et bien merci beaucoup Michel Mondet pour ce témoignage sur justement ces mécanismes de prise de décision qui sont pas si simples.

Michel Mondet : Merci à vous.