Tous les reportings d’entreprises sont faux !

Xerfi Canal TV a reçu Michel Mondet, président d’Akeance Consulting , pour nous livrer un message assez détonnant : tous les reportings d’entreprises sont faux ! Une interview menée par Thibault Lieurade.

Michel Mondet, vous êtes président d’Akeance Consulting . Xerfi Canal TV vous reçoit aujourd’hui car vous avez un message assez détonnant à faire passer : tous les reportings de boîte sont faux !

Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

Eh bien c’est très simple. On discute de chiffres, de KPI comme on dit, on évalue, on apprécie leurs évolutions de mois en mois. Mais on ne s’interroge jamais sur leur fiabilité. Or, très souvent pour ne pas dire toujours, ces chiffres ne sont pas fiables. Certains agrégats ne sont pas aux mêmes dates, donc pas comparables, d’autres s’entendent parfois au sens large parfois au sens strict. Autre cause possible : les périmètres ne sont pas identiques pour un même agrégat.

Avez-vous un exemple pour que l’on comprenne bien ?

Plus d’un ! Prenez le chiffre d’affaires. Cet agrégat paraît basique. Mais quand est-il arrêté ? Que comprend-il exactement ? Les honoraires seuls par exemple ou les honoraires et les frais associés ? Un prix de revient comprend-il ou non les déchets matières ? Comprend-il une quote part normée ? A la limite peu importe le choix mais la plupart du temps un même agrégat n’est pas calculé de la même manière dans toute l’entreprise. Les KPI ne sont pas nécessairement homogènes au sein d’une entreprise. Un dernier petit exemple tirée d’une de nos missions, chez Akeance : l’analyse de marge chez un prestataire de service était fausse (au lieu de gagner 1 M€ sur ce client, l’entreprise en perdait 5 !). Les coûts de masse salariale affectés à ce contrat n’étaient pas complets.

On a pourtant un besoin de ces tableaux de bord…

Oui, absolument ! Mais l’obsession d’un dirigeant, c’est l’analyse de ces chiffres ; c’est en quelque sorte le besoin transcendantal de transformer les chiffres en lettres. C’est très vrai dans le monde du private equity par exemple, ou la concurrence des fonds sur un investissement potentiel liée à un calendrier toujours serré conduit à une recherche de KPI et de tableaux de bord à des fins d’analyse assez poussée sans s’être assuré de la réalité du KPI en question. Les découvertes dites « post deal » sont alors parfois assez décevantes…

Alors que préconisez-vous pour que l’information soit meilleure ?

La constance du contrôle ! Il faut s’assurer régulièrement du mode calcul des KPI, de la source comptable des engagements, de la règle de gestion appliquée lors de l’enregistrement en comptabilité, de l’hypothèse retenue dans ce qu’on appelle les « référentiels » tels que les taux de change, les taux d’intérêt / d’actualisation, le nombre d’effectifs, etc. Ce pourrait être du ressort du contrôle interne par exemple. Mais encore une fois, l’essentiel n’est pas « d’avoir raison » sur tel ou tel agrégat ou tableau de bord. L’essentiel est qu’ils soient homogènes entre eux et que chaque agrégat soit le même dans toute l’entreprise. Il y va de la qualité de l’analyse corollaire mais il y va aussi d’une meilleure compréhension au sein des équipes.”